par Joshua McElwee
Le pape Léon XIV a dénoncé jeudi les dirigeants qui dépensent des "milliards" dans la guerre et déploré un monde ravagé par "les maîtres de la guerre" et par "une poignée de tyrans", lors de propos inhabituellement offensifs tenus au Cameroun, au lendemain de nouvelles attaques du président américain Donald Trump.
Premier pape originaire des États-Unis, Léon a également dénoncé l'usage du discours religieux pour justifier les conflits et appelé à un "changement de cap décisif" lors d'une rencontre organisée dans la principale ville des régions anglophones du pays, théâtre depuis près d'une décennie d'un conflit ayant fait des milliers de morts.
"Les maîtres de la guerre prétendent ne pas savoir qu'il suffit d'un instant pour détruire, alors qu'une vie entière ne suffit souvent pas à reconstruire", a déclaré le souverain pontife.
"Ils ferment les yeux sur le fait que des milliards de dollars sont dépensés pour tuer et détruire, tandis que les ressources nécessaires à la guérison, à l'éducation et à la restauration restent introuvables."
"UN MONDE SENS DESSUS DESSOUS"
Les attaques de Donald Trump contre Léon, lancées une première fois à la veille de la tournée africaine ambitieuse du pape et réitérées mardi, ont suscité la consternation en Afrique, où vivent plus d'un cinquième des catholiques du monde.
Léon, resté relativement discret pendant la majeure partie de sa première année à la tête de l'Église forte de 1,4 milliard de fidèles, s'est imposé comme un critique virulent de la guerre déclenchée par des frappes américaines et israéliennes contre l'Iran.
Jeudi, l'évêque de Rome a vivement critiqué les dirigeants qui invoquent des thèmes religieux pour justifier les guerres.
"Malheur à ceux qui manipulent la religion et jusqu'au nom même de Dieu pour leur propre profit militaire, économique et politique, entraînant ce qui est sacré dans l'obscurité et la souillure", a-t-il déclaré.
"C'est un monde sens dessus dessous, une exploitation de la création de Dieu qui doit être dénoncée et rejetée par toute conscience honnête."
Le pape avait tenu des propos similaires le mois dernier, affirmant que Dieu rejetait les prières de dirigeants aux "mains pleines de sang", des commentaires largement interprétés comme visant le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth, qui a puisé dans une sémantique typiquement chrétienne pour justifier la guerre contre l'Iran.
Donald Trump a lancé ses critiques contre Léon dimanche, qualifiant le pape de "FAIBLE face à la criminalité, et catastrophique en matière de politique étrangère" dans un message publié sur Truth Social.
Le président américain l'a de nouveau attaqué sur les réseaux sociaux mardi et, mercredi, il a publié une image montrant Jésus l'enlaçant. Cette image succédait à une autre, où il était cette fois représenté en Jésus et qu'il a finalement supprimée, fléchissant devant la controverse.
CLERGÉ PRIS DANS LE CONFLIT AU CAMEROUN
Léon avait prévenu lundi auprès de Reuters : il ne cessera pas de s'exprimer sur la guerre en Iran même s'il a depuis évité toute adresse directe à Donald Trump.
Après son arrivée mercredi dans la capitale camerounaise Yaoundé, il a exhorté le gouvernement de ce pays d'Afrique centrale, dirigé par le président Paul Biya, 93 ans et doyen mondial des chefs d'État en exercice, à éradiquer la corruption et à résister "aux caprices des riches et des puissants".
Le déplacement du pape jeudi dans la ville anglophone de Bamenda a suscité un mince espoir de voir progresser une résolution du conflit, enraciné dans l'histoire coloniale et post-coloniale complexe du pays.
Ancienne colonie allemande, le Cameroun a été partagé entre la Grande-Bretagne et la France après la Première Guerre mondiale. La partie française a accédé à l'indépendance en 1960 et a été rejointe un an plus tard par la région occidentale anglophone issue de l'administration britannique, marquée par une forte tradition protestante.
Plus de 6.500 personnes ont été tuées et plus de 500.000 déplacées dans les combats opposant les forces gouvernementales aux groupes séparatistes anglophones, selon l'International Crisis Group.
Des prêtres sont régulièrement enlevés contre rançon et certains ont été tués. Une alliance séparatiste a annoncé qu'elle observerait un cessez-le-feu de trois jours afin de permettre aux civils et aux visiteurs de circuler librement pendant la visite du pape.
Les tentatives de médiation en vue d'un accord de paix ont jusqu'à présent échoué, même si Léon a déclaré jeudi se réjouir que la crise "n'ait pas dégénéré en guerre religieuse" et s'est dit convaincu que des responsables chrétiens et musulmans pourraient œuvrer à une fin des combats.
(Joshua McElwee; version française Nicolas Delame, édité par Benoit Van Overstraeten)

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